Discuter en adultes à l’hôtel de ville : est-ce possible à Sherbrooke?

La première fois où j’ai senti que le maire cherchait à me rabaisser, c’est quand j’ai posé des questions sur les dépenses reliées au voyage à Montpellier de mai 2014. Je ne comprenais pas que la Ville défraie les billets d’avion pour envoyer quatre bénévoles là-bas. Je me demandais aussi si nous n’en faisions pas trop puisque la France n’est pas un partenaire commercial important pour le Québec. Interrogé par les médias, le maire s’était dit « guère impressionné » par mes propos et ceux de mon collègue Pierre Tardif. Il avait même ajouté qu’il était en désaccord avec ceux qui « pensent petit ». Et j’en passe. Dès lors, j’ai compris que le maire cherchait à faire taire les voix dissidentes par le dénigrement et non par l’argumentation.

Quelques jours plus tard, avait lieu notre lac à l’épaule. J’en suis ressortie avec un sentiment que je n’arrivais pas à bien définir, mais c’était clairement négatif. Une conversation survenue quelques jours plus tard avec un collègue observateur (il ne s’agit pas de Jean-François Rouleau) m’a permis de mettre le doigt dessus : j’avais été victime d’attaques verbales répétées, chaque fois que je me prononçais sur un sujet. Tous mes arguments ou mes propositions étaient systématiquement démontés. Pourtant, il s’agissait d’un lac à l’épaule, là où il devrait y avoir une ouverture aux idées des autres.

J’ai compris depuis ce temps, que c’est la façon habituelle dont le maire agit avec ceux qui questionnent trop souvent : rabaisser, dénigrer. Le plus triste, c’est que son comportement commence à déteindre sur certains élus. Rémi Demers n’a-t-il pas parlé de certains d’entre nous comme étant des ennemis au sein du Conseil? Il faut dire que le maire nous avait traités d’adversaires quelque temps auparavant.

Et quand une réponse ne lui plaît pas, le maire envoie une lettre « un peu vinaigrée », comme au maire de Montpellier. Ce qu’il a fait également à la Ministre Lisa Raitt dans le dossier de l’aéroport. Ayant déjà rédigé des réponses pour un Ministre, je sais reconnaître le ton d’une missive qui ne rencontre pas les standards usuels de la correspondance ministérielle ou officielle.

Quand le dossier du train a achoppé, j’ai proposé qu’on prenne le million qu’on y aurait investi pour refaire certaines rues dans le secteur Dubreuil. Tant dans les médias qu’en huis-clos au Conseil, le maire a laissé entendre que je ne comprenais pas la mécanique des processus financiers : « Quand madame Dauphinais mentionne ça, elle fait fi de la mécanique à l’hôtel de ville. Il faut savoir que ce montant de 1 M$ n’avait aucunement été budgété aux dépenses 2015. Or, c’est à même nos revenus que la Ville aurait payé la note. On ne peut donc pas décider tout bonnement de prendre ce montant d’argent et l’affecter au réseau routier pour l’année en cours ». Pourtant, il est clair que s’il était possible d’aller chercher un million de dollars en demande additionnelle pour rénover un train, il était possible d’utiliser la même voie pour lever un million additionnel pour rénover des rues. Tout est question de volonté politique. Mais le maire avait lancé son message tendancieux dans les médias, sans que je puisse y répondre.

L’ambiance n’est donc pas au débat d’idées, ni à la bonification des dossiers à l’hôtel de ville. Bien sûr, le maire se donne bonne conscience en nommant quelques indépendants qu’il écouterait parfois. Mais dans les faits, pratiquement aucune suggestion de changement notable n’est recevable. Nous en avons eu un bon exemple en séance publique lorsque Julien Lachance a émis l’idée de ne pas prévoir de hausses de salaire pour les employés municipaux. Il s’est fait vertement rabrouer par le maire. Encore une fois, le ton était véhément, dénigrant.

Dernier exemple en liste, c’est un ton condescendant, à la limite méprisant, que le maire a adopté lors de sa table éditoriale à La Tribune pour se prononcer sur l’opposition de certains conseillers à l’hôtel de ville. Il a parlé « d’effet théâtral », de « spectacle », pour articuler sa réponse. Voulait-il nous faire passer pour des clowns?

Pour ma part, c’est décidé, je travaillerai à faire changer le ton des échanges à l’hôtel de ville en relevant les commentaires dénigrants, qui ne reposent pas sur des arguments. On a beau être en politique, il y a des limites à ne pas franchir. Nous devrions être capables de nous parler comme des adultes et de nous comporter comme tels. Si le maire ne change pas d’attitude et qu’il ne démontre pas plus d’ouverture, il devra s’habituer aux « conférences de presse le dimanche » puisque c’est la seule façon pour nous d’informer les citoyens qu’il y a d’autres alternatives pour représenter leurs intérêts.

Enfin, à ceux qui croient que certains de mes collègues ou moi-même aimons nous opposer pour le plaisir de nous opposer, je tiens à vous faire remarquer que notre vie serait beaucoup plus facile si on laissait passer les dossiers sans rien dire. Je prends l’exemple du train l’Orford Express. Il était évident pour moi, après avoir fait quelques vérifications, qu’il ne sortirait rien de bon pour le citoyen si la Ville devenait propriétaire du train. J’aurais très bien pu ne rien dire. Si on achetait le train, ça ne fonctionnerait pas, et c’est le maire qui aurait été dans le trouble. Mais ce qui compte pour moi, c’est ce qu’on fait avec l’argent des citoyens. Il était donc naturel que je fasse les efforts nécessaires pour qu’on évite de perdre un million de dollars, même si je savais que je ne me ferais pas d’amis en adoptant cette position. Je pourrais en dire autant pour plusieurs dossiers : la nouvelle exposition à la Maison de l’eau, la place Nikitotek, l’incubateur (dossier incomplet), etc.

Mais pour moi, c’est ça avoir du courage politique. C’est d’ailleurs ce que je me suis promis d’avoir en me lançant en politique, quitte à ne pas être réélue après un premier mandat de quatre ans. Je maintiens donc le cap : je continuerai à poser des questions, à suggérer des améliorations, des alternatives et à expliquer ma position aux citoyens.

Dans un prochain billet de blogue, je ferai la liste des projets pour lesquels j’ai voté de concert avec le maire. Cela prouvera que je travaille dossier par dossier, et que je prend position au mérite.

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2 réponses à Discuter en adultes à l’hôtel de ville : est-ce possible à Sherbrooke?

  1. Émile Audy dit :

    Bravo Mme Dauphinais… je vous supporte à 100%. Vous faites un excellent travail !

  2. jupiter nakhla dit :

    merci de ton travail, il en faudrait plus comme toi, la démocratie et les finances publiques se porteraient mieux

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