Réponse aux citoyens sur l’Orford Express

Voici l’allocution que mes collègues Tardif, Rouleau et moi avons faite au Marché de la Gare dimanche matin sur le projet de prise en charge du train par la Ville.

Bonjour,

Merci de vous être déplacés ce matin pour venir à notre rencontre.

Si nous avons opté pour le Marché de la gare comme lieu de rencontre, vous vous doutez bien que c’est parce que nous voulons vous parler de l’acquisition du train Orford Express par la ville de Sherbrooke.

Au cours des dernières semaines, nous avons entendu plusieurs intervenants débattre du bien-fondé ou non de cette acquisition. Nous avons également été interpellés à plusieurs reprises par nos citoyens. Nous voulons donc définir clairement notre position sur le sujet.

Les citoyens nous ont élu pour orienter la gestion et le développement de la Ville et nous sommes convaincus que d’accepter le don du train constituerait un mauvais choix pour les citoyens.

Avant d’aller plus loin, nous tenons à préciser que notre position n’a rien à voir avec le propriétaire actuel du train, tout comme elle ne remet pas en question le rôle positif que l’Orford Express peut jouer comme attrait touristique pour la région.

La décision d’accepter ou non le don du train relève selon nous de principes généraux et non pas des détails financiers reliés au projet lui-même. C’est pourquoi il est opportun de se prononcer dès maintenant. Il s’agit selon nous d’une question de mandat de la Ville, de cohérence et d’intérêt des citoyens.

Ainsi, dans un premier temps, afin de se positionner par rapport au projet, il est primordial de se demander s’il fait partie du mandat de la Ville d’acquérir un train touristique et si cela est cohérent avec ses autres décisions.

Entreprendre Sherbrooke

Pas plus tard qu’à la fin du mois de mars, lors d’une allocution à la Chambre de commerce de Sherbrooke, monsieur le maire, Bernard Sévigny, faisait l’éloge de son projet «Entreprendre Sherbrooke» et insistait sur la nécessité d’encourager l’entrepreneuriat sherbrookois. « Le modèle recherché passe par le développement sur l’ensemble du territoire d’une culture entrepreneuriale et l’émergence d’un écosystème entrepreneurial. Le succès de l’exercice dépend de l’implication des entrepreneurs eux-mêmes et de l’apport des partenaires du milieu», affirmait monsieur le maire. Pourquoi ne pas commencer dès maintenant et laisser le privé prendre sa place ? La Ville, en faisant l’acquisition du train par l’entremise de la Société de transport de Sherbrooke (STS), irait à l’encontre du développement de l’écosystème entrepreneurial. Si la Ville veut être cohérente, elle ne se substituera pas au privé pour opérer une compagnie privée profitable. Elle laissera les entrepreneurs prendre la place qui leur revient.

Contexte économique

Le contexte économique actuel est difficile, alors que nous devons abolir des emplois et que les restructurations créent un climat d’incertitude. Dans un contexte où l’on demande à tout le monde, employés et citoyens, de faire un effort, l’achat d’un train touristique est loin d’être une priorité. Les dirigeants de l’entreprise concernée disent d’ailleurs qu’il s’agit d’une entreprise rentable qui demeurera en opération même si la Ville ne s’en porte pas acquéreur. Il n’y a donc pas nécessité pour la Ville d’intervenir dans le dossier. Concentrons-nous sur nos mandats prioritaires.

Souvenons-nous aussi que lorsque l’Orford Express a décidé de ne plus venir à Sherbrooke, personne ne s’était manifesté pour le garder. Il a même été décidé au Conseil municipal de réorienter nos efforts suite à l’arrêt du train en 2014. En effet, les sommes réservées pour le réaménagement de la voie ferrée au Marché de la Gare ont été transférées vers la création d’une nouvelle exposition pour le Musée de l’eau. C’est un montant de près de 300 000 $ qui a déjà été investi pour développer un nouveau produit touristique.

Depuis ce temps, le Conseil s’est également engagé pour une période de 10 ans envers un autre produit d’appel, le spectacle à grand déploiement Cowboys, en autorisant la construction d’un toit au-dessus des estrades à la place Nikitotek.

Rappelons que Destination Sherbrooke travaille à développer le projet réseau parc nature, toujours dans le but d’attirer les touristes. Elle tente de même de créer un nouveau produit d’appel pour 2016. Plusieurs compagnies sont venues à Sherbrooke l’été dernier pour faire du repérage en vue de proposer des projets.

Quand cessera la multiplication des produits dit d’appel? Les citoyens sont tannés que l’on saupoudre leur argent à gauche et à droite sans obtenir de résultats probants, surtout dans un contexte de rareté des ressources. Encore une fois nous devons être cohérents et garder le cap.

Il y a aussi des considérations financières générales qu’il ne faut pas négliger. Le 15 mars dernier, dans le cadre du plan d’optimisation des ressources, le maire Sévigny convoquait une rencontre extraordinaire avec les syndicats représentant l’ensemble des employés pour faire le point sur l’objectif de la ville de Sherbrooke de récupérer 11 millions de dollars sur un budget de 275 millions d’ici trois ans. Les compressions de 11 millions se répartiraient de la façon suivante : 7 millions en masse salariale et 4 millions au niveau des budgets d’opérations. Pour respecter cet engagement, nous risquons de devoir couper dans les services pour financer ces projets de développement touristique? Ce n’est pas ce que les citoyens souhaitent.

Il est utopique de penser que la STS dégagera des profits à court terme avec l’exploitation du train touristique, dans un secteur aussi spécialisé et concurrentiel dans un sens large. La STS n’est pas une entreprise privée et son financement provient principalement du public. Elle œuvre dans un univers très éloigné du tourisme et du secteur privé concurrentiel. Avec les nombreux défis qui se présentent à elle, tant au niveau du transport adapté que de la desserte des secteurs périphériques, la cohérence et l’intérêt des citoyens plaident pour que la STS se concentre sur son mandat premier, là où se situe son expertise, soit sur le transport journalier des Sherbrookois dans leur ville.

Un don à coûts nuls pour les Sherbrookoises et les Sherbrookois?

Disons les vraies choses : il est faux de prétendre qu’il s’agit d’un don et que l’opération se fera à coûts nuls pour les citoyens. En effet, il en coutera 1,1 million pour terminer les réparations du train, endommagé par un incendie en 2013. Il faudra aussi réaménager la voie ferrée, tel que prévu en 2013, cela à un coût avoisinant 300 000 $.  À cela s’ajouteront les coûts d’exploitation, de réparations, de promotion, de publicité et autres, qui seront à la charge de la STS. Et s’il s’avérait que les opérations soient déficitaires? Ce sont encore les Sherbrookois qui risqueraient d’écoper de la facture.

Enfin, nous tenons également à exprimer aux citoyens notre profond désaccord avec le processus d’acquisition lui-même. Nous ne sommes pas du tout à l’aise avec la gymnastique que la Ville doit faire pour justifier que l’achat et l’opération d’un train font partie de son mandat. Nous déplorons que la transaction s’élabore autour de l’utilisation de procédures qui permettront une réduction importante du fardeau fiscal du donateur. Nous faisons là référence au don qui surviendra en deux temps, à cinq ans d’intervalle, pour maximiser la déduction fiscale du donateur. Il est contre nos valeurs éthiques de donner notre accord à ce processus d’acquisition et d’embarquer les citoyens dans celui-ci.

Merci pour votre présence.

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3 réponses à Réponse aux citoyens sur l’Orford Express

  1. Philip Bastarache dit :

    Malgré tout le respect que je vous dois, j’ai l’impression que votre prise de position parle davantage de votre agenda politique que de votre engouement à vouloir protéger l’intérêt des citoyens.

    Comprenez qu’a mon sens, vos questionnements sont légitimes, mais vos conclusions sont cependant trop hâtives.

    Je crois tout comme vous qu’à la base, il n’est pas dans le mandat d’une Ville de faire l’acquisition d’un train touristique. Sauf que les questions que l’on doit réellement se poser ici sont de savoir quelles sont les retombées économiques réelles au sein de la communauté sherbrookoise de cet attrait touristique déjà implanté et dont la réputation n’est plus à faire? Quels seraient les impacts sur ces retombées si on laissait le « train passer » et qu’aucun acquéreur local ne se manifestait et qu’on perdait le train au profit d’une autre région? Combien nous coûterait réellement cette acquisition et serait-il possible de nouer un partenariat avec le privé afin de justement ne pas dilapider les fonds publics et d’ainsi assurer l’acceptabilité sociale? Le train aura-t-il encore la cote dans cinq ou dix ans auprès des touristes?

    Ce sujet est trop important pour être teint d’une partisanerie quelconque. Contrairement à ce que vous affirmez, je crois qu’il faut attendre d’avoir toutes les données en main avant de prendre une position éclairée. Pour cette raison, je souhaite souligner que je ne fais pas partie de ce que vous décrivez comme étant un « citoyen interpellé ». Je suis plutôt un citoyen qui aimerait avoir une vue d’ensemble avant de se prononcer.

    • hdauphin dit :

      S’il y a quelque chose, il s’agit plutôt d’une déformation professionnelle puisque je suis économiste. Nous avons une responsabilité envers le soutien au développement économique, ce qui ne veut pas dire d’opérer des entreprises. Vous vous inquiétez beaucoup d’un possible départ de l’Orford Express vers une autre région. Pourtant les médias ont rapporté les propos de Mme Brunelle, DGA du propriétaire, qui disait que le train roulera en 2016 même si ce n’est pas la Ville qui l’opère. De plus, si un acheteur privé faisait l’acquisition du train et le déplaçait hors de la région, c’est qu’il estimerait que le marché dans la région est insuffisant. Enfin, L’Orford Express n’est pas le seul train qui existe pour qui veut développer un projet semblable. Il est en effet possible d’acheter des wagons et de se créer un train. La Gaspésie l’a fait en achetant des wagons pour un dollar et en investissant 1,2 million pour avoir trois wagons rénovés. Vous seriez surpris du nombre de gens d’affaires qui pensent comme mes collègues et moi. Ce que vous appelez partisannerie, je le nommerais plutôt école de pensée.

      • Philip Bastarache dit :

        Possible. Sachez soit-dit en passant que je ne remets pas en question vos aptitudes professionnelles. Par contre, s’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, il ne faut pas non plus mettre la charrue avant les bœufs. Je maintiens donc ma position : il faut avoir un portrait d’ensemble.

        Merci d’avoir pris la peine de me répondre.

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