À ceux qui s’inquiètent pour les mauvaises raisons

Dimanche dernier, Annie Godbout, Jean-François Rouleau, Pierre Tardif et moi-même avons fait une sortie publique concertée pour dénoncer notre ras-le-bol quant à la façon dont certaines décisions se prennent à l’hôtel de ville de Sherbrooke. Je ne m’étendrais pas sur nos arguments car j’ai déjà écrit un article sur le sujet et que les médias en ont fait largement état.

Nous avons parlé d’une seule voix pour donner plus de poids et de retentissement à notre malaise puisque quand nous le faisons séparément, à des moments différents, ça reste lettre morte et rien ne change. Claude Charron, conseiller d’arrondissement de Lennoxville qui assiste aux conseils municipaux, nous a donné son appui moral. Même Nicole Bergeron a reconnu hier soir qu’il y avait certains problèmes et que les façons de travailler étaient très différentes depuis l’arrivée au pouvoir en force du parti du Renouveau Sherbrookois en 2013. Il doit bien y avoir du vrai dans ce qu’on dit.

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Maintenant, à ceux qui s’inquiètent de voir naître une opposition qui ne cherchera qu’à bloquer les projets du maire plutôt que d’être constructive, je tiens à vous rassurer. Mais précisons d’abord que les projets présentés à l’hôtel de ville devraient être les projets du Conseil municipal et non pas les projets du maire. En effet, c’est le Conseil municipal qui est décisionnel. C’est également au Conseil qu’il revient d’orienter les travaux du Comité exécutif.

En ce qui a trait à la nature de l’opposition, depuis le début du présent mandat, elle n’a été que constructive pour qui a l’esprit ouvert. Autant pour mes collègues que pour moi, j’ai toujours senti derrière les questionnements, le désir de construire, d’ajouter de la valeur et de réduire le risque et les faux pas. Les commentaires se font aussi toujours de façon respectueuse.

Pour ma part, depuis mon entrée en fonction, j’ai inscrit ma dissidence ou voté contre une résolution au Conseil municipal environ 19 fois sur une période de 14 mois. Au nombre de résolutions que nous votons lors d’une seule rencontre, on ne peut qualifier cela d’opposition systématique, d’autant plus que certains dossiers amènent plus qu’une occasion de voter (ex. la Place Nikitotek ou l’incubateur). La cohérence exige alors de réitérer son désaccord.

L’intérêt du citoyen se retrouve toujours en tête de liste quand je dois me prononcer sur un sujet. Ainsi, quand un dossier m’apparaît incomplet, je soulève les manquements que j’observe et si l’on n’y pallie pas, oui, il y a de fortes chances que je vote contre. Dans le cas de l’incubateur par exemple, le plan d’affaires présenté ne respectait pas les critères habituels pour ce type d’outil. De plus, le dossier ne comportait pas de modalité permettant de s’assurer que les Sherbrookois récolteraient les fruits de leur investissement de 1,82 millions de dollars, une fois les incubés appelés à voler de leurs propres ailes. Dans l’industrie du placement, on recommande aux épargnants de se sauver à toute vitesse quand ils se font proposer des investissements basés sur le rêve et la pensée magique. Sous le couvert de faire du développement économique, et parce qu’il s’agit de l’argent des citoyens, j’aurais dû signer et me taire? J’ai plutôt suggéré de retourner à la table de travail et de revenir avec un projet mieux étoffé. C’est ainsi que je conçois la valeur ajoutée. Il faut dire que l’organisme qui gèrera l’incubateur avait déjà été créé et son CA nommé avant que le Conseil autorise le financement du projet. A-t-on présumé que puisque l’on était pratiquement déjà devant le fait accompli, il n’était pas nécessaire d’avoir des analyses exhaustives? Je suis en désaccord avec cela.

Sherbrooke se présente comme Ville universitaire. Je m’attends donc à ce que les savoirs enseignés et reconnus dans ces institutions soient utilisés dans l’analyse et la préparation des dossiers. Dans le cas de la Place Nikitotek, par exemple, la décision de renouveler la subvention (près de 340 000 $ par an au total avant le toit), a été basée principalement sur les retombées économiques estimées et le succès de l’évènement, ces deux arguments reposant fortement sur les résultats d’un sondage. Cependant, l’étude des mathématiques nous apprend que ce sondage n’avait que peu de valeur car l’échantillonnage était non probabiliste et le taux de réponse était faible selon les standards. Conséquemment, il fallait pratiquement éliminer le sondage pour la prise de décision, ce que j’ai fait. En bout de ligne, je suis arrivée à la conclusion que Bouffe ton Centro générait, en une seule journée, la même affluence que Cowboys durant tout l’été, et cela à un coût beaucoup moindre. Alors pourquoi continuer à investir dans ce spectacle? Cela profite-t-il réellement à la collectivité? L’argent ne serait-il pas mieux investi ailleurs pour atteindre d’autres objectifs?

On attribue aussi beaucoup d’intentions imaginaires aux gens qui osent afficher leur désaccord dans certains dossiers. On les taxe, par exemple, de concevoir leur ville comme une simple pourvoyeuse des services de base, tels le ramassage des matières résiduelles, l’entretien des routes, l’enlèvement de la neige. Est-il nécessaire de rappeler que la ville de Sherbrooke offre à l’heure actuelle un panier de services et d’équipements très larges? Qu’elle soutient une pléiade d’organismes, qu’ils soient communautaires, sportifs, culturels ou autres? Qu’elle a mis sur pieds plusieurs programmes et politiques visant des buts variés? Pour quelqu’un qui ne percevrait la Ville que dans son rôle le plus étroit, le nombre de vote contre une résolution exploserait! Mais on n’observe rien de tel à l’hôtel de ville.

De plus, étant donné les très nombreuses implications de la Ville, il m’apparait pertinent que questionner les ajouts à cette offre déjà généreuse et diversifiée. Surtout quand les retombées de certains projets sont hasardeuses. Surtout quand on se questionne sur les bénéficiaires réels de certains projets. S’opposer à ce type de projets signifie alors qu’on se donne les moyens d’investir plus ailleurs. Dans les rues dont l’état est par endroits lamentable? Dans les services que seule la ville peut fournir, comme le transport adapté? C’est ce genre de débat qu’ouvre parfois l’opposition à certaines résolutions. Encore là, en bout de ligne, c’est très positif!

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Une réponse à À ceux qui s’inquiètent pour les mauvaises raisons

  1. Forget dit :

    Bravo pour votre sens critique ainsi qu’à M.Rouleau,Tardif,Mmes Godbout ,Bergeron et M.Charron.Continuer votre excellent travail de poser des questions ,demander des évaluations ,des plans ,des prévisions budgétaires ,bref de faire ce travail avec une rigueur qui se doit quand on siège sur un conseil d’administration d’une ville .Merci et lâchez pas !

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