Cowboys – Je persiste et signe: peu de réalisme dans le bilan qu’on nous a présenté

Dans La Tribune de ce matin, (26 novembre), M. Demers, président de Destination Sherbrooke, fait preuve d’un bel optimisme quand il présente les résultats du spectacle Cowboys à la place Nikitotek. En fait, il ressort les chiffres et les conclusions tels que présentés par Destination Sherbrooke.

Personnellement, comme l’enjeu est de savoir si les Sherbrookois en ont eu pour leur argent et si le 400 000 $ n’aurait pas été mieux dépensé ou investi ailleurs, je préfère laisser mon optimisme au vestiaire, sortir mes outils analytiques et me faire ma propre opinion. Je n’oublie jamais que les porteurs de dossier ont souvent un biais favorable envers leur projet. Mon seul biais, c’est l’intérêt du citoyen payeur de taxes.

Dans son plaidoyer en faveur du spectacle, M. Demers s’entête à parler de retombées économiques de 948 562 $. Combien de fois faudra-t-il le dire? Par définition, pour qu’il s’agisse d’une retombée économique, il faut que l’argent provienne de l’extérieur de Sherbrooke. Sinon, il s’agit d’un simple déplacement d’argent. Au lieu d’aller voir Cowboys, le Sherbrookois aurait dépensé son argent dans un restaurant ou un magasin. On parle donc de retombées économiques d’au plus 747 664 $. Et encore, on peut mettre ce chiffre en doute puisque le taux de réponse au sondage est d’à peine 28 %. Quand le taux de réponse est bas, il est raisonnable de penser que les non-répondants ont des caractéristiques particulières qui risquent de biaiser les résultats. C’est pourquoi certains organismes comme Statistique Canada (une référence dans le domaine) ne publient pas les résultats quand le taux de réponse est inférieur à 50 %. Au mieux, on peut utiliser les résultats pour se donner des pistes de réflexion, mais sûrement pas pour justifier la reconduction d’une dépense de 400 000 $ sur la base de retombées économiques peu représentatives.

Dans son évaluation du succès de la place Nikitotek depuis ses débuts, M. Demers ne considère que les investissements faits par Sherbrooke. Il laisse de côté l’argent des citoyens qui a été dépensé pendant cinq ans dans les budgets d’opération. C’est comme si un propriétaire d’immeuble locatif ne considérait que le prix d’achat de son immeuble pour évaluer le rendement de son placement, sans se préoccuper des frais de chauffage, de financement ou d’entretien. Aucun investisseur sérieux ne tiendrait un tel discours.

M. Demers nous apprend que le producteur a investi 200 000 $ pour adapter les décors et le matériel de projection à la scène de la place Nikitotek. Il ajoute qu’en plus, il aurait eu des dépenses avoisinant 500 000 $ pour la production du spectacle. Il faut faire preuve de beaucoup de confiance pour considérer ces chiffres comme réalistes. Voyons pourquoi. Il y a eu 9 849 spectateurs qui ont assisté au spectacle Cowboys. Selon l’hypothèse où chaque spectateur a payé le prix maximal pour son billet, soit 52 $, un revenu total de 512 148 $ aurait été généré. Ainsi, le profit du producteur aurait été de 12 000 $, avant l’amortissement pour son investissement de 200 000 $. S’il pensait pouvoir présenter le même spectacle pendant 5 ans, le producteur devait amortir 40 000 $ d’investissements par année. On passe ainsi d’un profit de 12 000 $ à une perte de 26 000 $. Pour couvrir cette perte, c’est 500 billets à 52 $ qu’il faudrait vendre de plus chaque été. Mais on sait tous qu’il y a eu des billets gratuits de distribués, entre autres aux employés et clients des compagnies qui ont fait des commandites publicitaires (pour un total de 442 656 $). Chaque billet gratuit vient augmenter la perte du producteur de 52 $.

Comme Québecissime a déclaré avoir fait ses frais, les chiffres présentés par M. Demers, qui n’apparaissaient pas dans les rapports remis aux élus par Destination Sherbrooke, sont à tout le moins légèrement surévalués. De combien? Il faudrait connaître le nombre de billets gratuits pour le savoir. Dommage que M. Demers ne nous ait pas fourni cette information qui aurait ajouté du réalisme à l’évaluation des résultats.

En ce qui a trait à la construction d’un toit, une personne qui fait du développement économique m’a écrit suite à la parution de ma lettre. Cette personne m’a suggéré de poser la question qui tue à mes collègues : si vous êtes convaincus qu’il s’agit d’une bonne affaire, seriez-vous prêts à y investir l’argent de vos REER? Comment se fait-il que le producteur lui-même ne se propose pas pour payer le toit?

Et là, on débouche sur la fameuse question du risque. Encore une fois, M. Demers ressort l’argument que le producteur supporte 100 % du risque. En fait, on socialise une partie des dépenses (loyer de la salle et publicité payés par le citoyen), ce qui limite le risque du producteur privé. Selon les chiffres fournis par M. Demers et décortiqués ci-haut, nous avons vu que le promoteur aurait eu des coûts de 540 000 $ l’été dernier. À la Ville, on a donné 400 000 $ pour la tenue du spectacle. Le coût total pour une année de production serait donc de 940 000 $. Ainsi, c’est comme si l’on avait donné une subvention de 42,5 % à un producteur qui aurait assumé tous les coûts. Peut-être le producteur supporte-t-il 100 % du risque. Mais n’a-t-on pas réduit le risque à peu de choses avec un tel taux de subvention?

Pour M. Demers, la construction d’un toit nous permettrait d’occuper la place qui nous revient aux côtés de Montréal, Québec et Trois-Rivières. Ça c’est le raisonnement du voisin gonflable, qui ouvre la porte à de dangereuses dérives.

Hélène Dauphinais, économiste et conseillère municipale

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